Madame la Ministre,
A l’heure où le Projet de loi de finances (PLF) pour 2026 n’a pas encore achevé son parcours législatif, les fédérations hospitalières souhaitent collectivement attirer votre attention sur un enjeu majeur pour l’avenir de notre système de santé : la préservation des capacités de formation dans les métiers du soin, et plus particulièrement de la filière infirmière.
Les travaux de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), publiés en décembre 2024, ont monté que près de 33 000 infirmiers devront être diplômés chaque année d’ici 2050 pour maintenir la couverture des besoins de santé de la population – soit un niveau supérieur de 30 % à celui observé en 2024(1). France Stratégie évalue à plus de 400 000 le besoin additionnel de postes soignants à l’horizon 2030 pour répondre à l’évolution des besoins de la population.
Dans ce contexte, alors que près de 700 000 jeunes ont accès, depuis le 17 décembre dernier, aux offres de formation post-baccalauréat sur la plateforme Parcoursup, il convient de rappeler que les formations en santé continuent de figurer parmi les premiers choix exprimés par les candidats – la formation infirmière se positionnant immédiatement après les études de médecine.
Or, depuis le début des débats parlementaires autour du PLF 2026, les alertes relatives à une diminution significative du nombre de places ouvertes en formation soignante pour les rentrées 2026 se sont multipliées. Dans nombre de régions, les Instituts de formation en soins infirmiers (IFSI) se sont vu notifier par les autorités régionales un recul majeur du nombre de places à ouvrir dans Parcoursup pour la rentrée 2026 par rapport à la rentrée 2025. Les niveaux actuellement observés convergent, dans plusieurs Régions, vers ceux observés en 2019.
À court et moyen terme, cette baisse des capacités de formation ne peut que se traduire mécaniquement par une aggravation des tensions de recrutement, une fragilisation accrue des équipes soignantes et un renforcement des inégalités territoriales d’accès aux soins.
Nous avons pris acte des démarches engagées par le Gouvernement, au cours de la première quinzaine du mois de janvier 2026, pour sécuriser le financement des formations infirmières auprès des Régions, et nous ne pouvons que regretter le rejet de l’amendement déposé en ce sens.
A l’aune des enjeux majeurs pour notre système de santé, nous appelons solennellement les pouvoirs publics à :
- Assurer, à court terme, la sécurisation des financements permettant de maintenir, a minima, les capacités 2025 de formation en santé ;
- Construire une visibilité pluriannuelle des crédits dédiés aux formations sanitaires, afin de permettre aux instituts de formation de programmer l’accueil du nombre d’étudiants en cohérence avec les besoins de santé ;
Organiser une réflexion prospective sur les besoins en formation initiale infirmière dans les années à venir, en regard des évolutions législatives et réglementaires récentes2.
Nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de notre haute considération.
(1) « Le nombre d’infirmières augmenterait fortement d’ici à 2050, mais moins que les besoins en soins de la population vieillissante (2024) », Etudes et Résultats – DREES (n°1319, 5 décembre 2024).
Signataires :
- Pr Jean-Yves BLAY, président UNICANCER
- Marie-Sophie DESAULLE, présidente de la FEHAP
- Lamine GHARBI, président FHP
- Elisabeth HUBERT, présidente FNEHAD
- Arnaud ROBINET, président FHF